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12 juin 2001, par Olivier Soury

Les entretiens humaterra

Rémy Marion

L’électron libre...du Spitzberg à l’Alaska en passant par Churchill et la Baie d’Hudson, Rémy, guide, auteur et photographe poursuit l’itinéraire gâté d’un enfant du froid, tombé très tôt dans la passion magique de la nature et de l’observation animalière. L’œil espiègle et la moustache en bataille, il s’est volontiers prêté au jeu des entretiens Humaterra.

Quelle est ta spécialité et comment y es-tu parvenu ?

Je suis né à Honfleur où mon père était marin pêcheur. Tout petit déjà, je passais beaucoup de temps au bord de la mer. Je collectionnais aussi des petits animaux morts (crabes,..) dans du formol. Plus tard, après des études de chimie, je suis entré chez IBM où j’étais chargé de la fabrication de "l’eau ultra-pure" industrielle. Travaillant aux "trois-huit", j’avais beaucoup de congés et gagnais correctement ma vie, ce qui m’a permis de commencer à voyager. J’avais 22 ou 23 ans. Un facteur déclenchant a été la rencontre avec ma femme et la naissance de notre fils. Tous les trois partageons cette même passion pour les voyages, la nature et la découverte. Ma spécialité ? Les régions polaires : la nature, leur environnement, leur histoire et l’étude des peuples qui les occupent. Mon premier voyage remonte à une quinzaine d’années, au Spitzberg. Je suis ensuite allé en Alaska. Par la suite, j’ai monté un voyage en kayak au Spitzberg, avec l’agence Grand Nord/Grand Large. Aujourd’hui, je suis un électron libre. Depuis 1998, j’opère en free-lance et suis désormais associé à Pôles d’images, une s.a.r.l. d’édition et de communication sur la nature et l’environnement.

Quels sont les dangers, si danger il y a, que tu côtoies au cours de tes prises de vues ?

Quasiment aucun. En fait, c’est surtout l’animal que nous observons qui est en danger. Nous sommes systématiquement armés pour parer à toute attaque de sa part, ce qui n’est encore jamais arrivé.

Parle-nous des voyages que tu encadres, de ce qui s’y passe et des animaux que vous rencontrez.

Churchill (côte ouest de la baie d’Hudson). Ces voyages se veulent être une synthèse entre l’homme et la nature. Ils se passent dans le plus pur respect de l’environnement local et de ses habitants. Je peux t’assurer que pas un mégôt de cigarette ne reste après notre passage ! En fait, à chaque fois qu’un journaliste écrit un article ou qu’un auteur publie un livre sur une région, il s’agit d’une invitation au voyage. Il nous incombe alors de bien encadrer les touristes qui veulent la visiter.
Les animaux observés au cours de ces expéditions sont les ours, les pinnipèdes, les baleines et les oiseaux marins.

Utilises-tu des guides ou services locaux et quels sont tes rapports avec les populations ?

Toujours ! Le tourisme ne doit pas être un néo-colonialisme stupide, comme on le voit souvent. Les acteurs de terrains doivent avoir les retombées de ces activités. C’est obligatoire. Moi, je n’apporte que le complément. En ce qui concerne les rapports que j’ai avec les populations locales, c’est variable. Avec les Russes blancs de Sibérie, tout se passe très bien. Avec les Inuits, c’est différent. Ils ont un rapport au tourisme et à l’argent plus compliqué. Ils savent que la plupart des occidentaux qui les visitent ont de l’argent. C’est un peuple fier et historique et qui fait preuve d’un racisme assez important. En fait, la naissance du tourisme sur leur territoire a été un choc culturel monstrueux, et la faute nous en incombe. On a créé chez eux tout un tas de frustrations.

Depuis le temps, as tu observé des changements importants dans la présence ou la répartition des espèces ?

Oui. Par exemple, à la limite de la toundra et de la forêt boréal : le renard roux est de plus en plus fréquent dans la toundra, qui n’est pas son territoire originel et tend à repousser le renard polaire. Parfois, c’est plus positif, comme la ré-appartion de colonies de morses au Spitzberg, suite au programme de protection. Idem pour le faucon gerfaut (toundra) ou le phoque gris, dans les Orcades.

De la même manière, as-tu noté une modification des habitats ?

Oui. La glace de mer est nettement moins fiable aujourd’hui. Quand tu reprends les textes anciens sur ces régions, tu y comprends que la saisonnalité était nettement plus marquée qu’aujourd’hui. Les modifications climatiques et leurs conséquences sont dix fois plus fortes que sous nos latitudes. Le réchauffement de la planète y est plus sensible, avec un pic ayant eu lieu en été 1998. La dislocation de la glace a eu lieu très tôt, avec une moyenne de 8°C. J’ai passé trois semaines à Ellesmer avec une température entre 15 et 20°C !

As-tu une réflexion globale sur l’état de la planète, le rôle de l’homme et son devenir ?

L’homme a besoin d’avoir la tête dans le mur pour réagir, et aujourd’hui, il l’a. En fait, la crise est positive. Il faut des crises pour faire avancer les choses.

Un conseil, un coup de gueule ?

Il faut, de part et d’autre, éviter les raccourcis. Hurler que tel animal va disparaître ou que la terre va très mal ne sert à rien. Les journalistes doivent faire attention aux propos qu’ils tiennent. Pour ma part, je me contente d’emmener des gens sur le terrain. Les expéditions dans les régions extrèmes étant relativement chères, elles sont souvent réservées à des décideurs et je compte sur eux pour agir ou réagir.

Bibliographie

- Guide des phoques, cétacés et siréniens - DELACHAUX
- Guide des des manchots - DELACHAUX
- Co-auteur de
- Cap sur les ours - NATHAN
- Cap sur les baleines - NATHAN
- 1999 - Sur les traces de l’ours polaire
- 2001 - Aurores boréales et australes (co-auteur)
- Occasionnellement rédacteur d’articles dans la presse (ours, mammifères marins, exploration polaire...).

P.-S.

Une anecdote marquante ?

LE LOUP D’ELLESMER.
On était posté pour observation à 70 ou 80 mètres de la carcasse d’un bœuf musqué. Trois loups sont arrivés. Seul, un gros mâle, l’alpha du groupe, s’est dirigé vers nous. Après nous avoir observés, il s’est dirigé vers la dépouille du bœuf et s’est couché. Il a dormi 2 heures. C’était vraiment un grand moment. Nous, sur son territoire, nous avons mangé à côté de lui. Tellement de gens en rêvent...!

A propos des ours ?
On les observe à une distance relativement proche, environ un cinquantaine de mètres. Le principe ? Faire savoir à l’ours qu’on est là. S’il l’accepte, ce qui est toujours le cas, tout va bien. En fait, l’arctique est un terrain entièrement découvert, et il ne sert à rien de tenter de se cacher. La faune est assez abordable. Un loup se laisse approcher à 10 mètres ! Il faut faire partie intégrante du paysage, être calme et respectueux de leur territoire.


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