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13 avril 2003, par Olivier Soury

Les entretiens humaterra

Lindsay Magnuson

Février 2003, Western Region, Ghana, Afrique de l’Ouest. Dans notre camp situé en pleine forêt tropicale, Lindsay me toise de ses yeux clairs et francs, prête pour un portrait, juste avant de repartir sur ses chemins de transect* et tenter de localiser, si c’est encore possible, un spécimen de son sujet de thèse, le Roloway monkey ou cercopithèque de Diane (Cercopithecus diana). En plusieurs mois, cette jeune femme a totalement intégré la population locale, donnant souvent de sa personne pour établir un management durable des ressources locales.

Ci-dessus, Cercopithecus diana. Terriblement rare, ce spécimen a été photographié en captivité, dans le cadre du parc de Doué-La-Fontaine, largement impliqué dans l’étude et la conservation de ces animaux.

C’est son deuxième voyage d’études au Ghana. Cette année, Lindsay va y passer 3 mois, contre 6 en 2001 et dans la même région. Jeune diplômée (PHD) d’une université Nord-californienne (elle tient à cette distinction géographique), elle a réussi à mobiliser les fonds nécessaires à son projet, soit quelques dix mille dollars. Dans un pays à la démographie galopante et qui a perdu en moins d’un siècle près de 80% de sa superficie forestière, la primatologue poursuit son étude sur le Cercopithèque de Diane, quasiment éteint car braconné à outrance. Cependant, parfaitement consciente des réalités économiques et sociologiques de la région, Lindsay, assistée de Marlon Gil, jeune herpétologue de son université, et de quelques guides de terrain, va entreprendre de mobiliser la population locale vers d’autres sources de revenus. Par le truchement de réunions d’information dans les écoles ou dans chez des fermiers, elle tente d’expliquer que les animaux et leur principal habitat, la forêt, représentent un véritable trésor, un patrimoine qui, durablement, rapportera beaucoup plus d’argent que la chasse ou la déforestation. Aux enfants et aux parents, elle va tenter de les rapprocher du tourisme en leur proposant, dans un premier temps, d’ouvrir des boutiques d’artisanat et de créer un marché local pour l’approvisionnement en nourriture. Aux fermiers, disposant de grands terrains, elle décrit le processus de l’éco-tourisme et propose même à l’un d’entre eux de l’aider à créer un camp proche de la forêt. Loin d’être une simple donneuse de leçons, Lindsay va retrousser ses manches et payer de sa sueur pour l’aider à construire un escalier à flanc de colline, permettant ainsi aux futurs touristes d’accéder à un petit lac propice à la pêche au capitaine.

Extraits

Quel est l’objectif de ce voyage d’études ?

Ce qui m’importait surtout, c’était de maintenir une présence ici. On n’est pas beaucoup payé pour ça (rires). Globalement, ma mission consiste à recueillir des données sur les singes que j’ajoute à celles que j’avais déjà enregistrées en 2001.
Je souhaitais également passer davantage de temps avec la communauté et tenter de les amener à réfléchir sur les moyens de gagner de l’argent autrement qu’en utilisant la forêt car les singes que j’étudie ici sont menacés d’extinction, 80% des populations a en effet disparu au cours des dix dernières années et aujourd’hui, il n’en reste que 500 environ, peut-être moins. C’est vraiment peu. Quand je dis 500, c’est dans le monde, un point c’est tout.

J’ai donc décidé de m’impliquer vraiment auprès des communautés, les éduquer, en leur faisant comprendre par exemple, "Si vous tuez les Diana monkeys, il n’y en aura bientôt plus du tout", des choses de ce genre, pour exprimer l’aspect absolument non-durable de la chasse.
Mon autre objectif est de former les gardes forestiers de façon à ce qu’ils se sentent fiers de s’impliquer dans la protection des singes, et de les motiver davantage. C’est le but !

Comment se passe ta collaboration avec Marlon, ton assistant ?

La raison pour laquelle j’ai décidé d’amener un assistant de terrain plutôt que d’employer un assistant ghanéen, c’est qu’il a été formé et qu’il connaît les méthodes, ce qui est purement occidental. Par conséquent, si j’ai un assistant de terrain, je peux lui déléguer pas mal de travail car il est à même d’inculquer ces méthodes pendant que je suis sur un autre transect. En fait, ça m’aide à faire de mon côté mon propre travail de recherche.

D’autres projets ?

La raison pour laquelle on envisage d’installer un « community management resort » ici aux portes de la forêt d’Ankasa était que la communauté qui la borde exploite fortement la forêt. L’idée était de les encourager à envoyer quelques fermiers dans le bush où ils pourraient avoir leur propre gibier de brousse et faire leurs propres récoltes en dehors de la réserve, mais aussi percevoir des revenus, etc. Malheureusement, 2 ans après, ça n’a pas vraiment avancé.

Nous nous sommes donc dit que nous pouvions faire quelque chose puisque nous avons un peu de temps et qu’il me reste un peu d’argent de mon budget. C’est vrai que le nombre de touristes double chaque année, alors pourquoi ne pas leur donner des raisons de s’arrêter, en plus il est possible de manger sur place. S’il y a des guides sur place, c’est sûr qu’ils s’arrêteront, ne serait-ce que pour prendre des photos. Je pense que c’est tout à fait envisageable et que nous avons les moyens de développer ce projet.
Par conséquent, si les populations locales s’impliquent, peut-être qu’elles s’occuperont des touristes, qu’elles se rendront compte que ça ne vaut pas le coup d’aller en forêt, surtout qu’elles risquent d’être battues si elles se font prendre. Le fait de savoir que les gens seront punis peut faire peur, encore que ces gens continuent hélas à percevoir des revenus intéressants en tuant les singes. Les gars ici se font pas mal d’argent et ils se rendent en forêt deux fois par semaine.

*Qu’est-ce qu’un transect exactement ?

Un transect, ça n’est ni plus ni moins qu’une ligne et d’un point de vue technique, elle est censée être réellement droite.
Ce sont en réalité des lignes "presque" droites.
L’idée d’un transect est de marcher le long de cette ligne jour après jour afin d’obtenir des données sur une ou plusieurs communautés y vivant.
C’est un travail très répétitif.

Dans le récit en images ci-dessous, vous pouvez voir Lindsay en compagnie de son assistant Marlon. Ce-dernier, passionné d’herpétologie (science des reptiles et amphibiens, se livrait, entre deux transects, à la photographie. Les scènes de travaux correspondent à la construction d’un escalier à flanc de colline et permettant d’accéder à un petit lac. Cet ouvrage est destiné aux touristes de passage. Les revenus dégagés par le tourisme contribue à limiter la déforestation pour des plantations peu rentables, comme le cacao.


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