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4 octobre 2006, par Karine Descamps

Le Gouffre de Padirac

La cavité souterraine la plus visitée de France, dont la rivière fut découverte par Edouard-Alfred Martel, précurseur de la spéléologie, se transforme au gré des expéditions scientifiques en laboratoire naturel quand les chercheurs explorent ses entrailles en quête d’espèces animales...

Dans le sillage d’Edouard-Alfred Martel

Si ce puits naturel débouchant sur 41 kms de galeries - pour la plupart fermées au public - est en effervescence à la pleine saison, il est le terrain de jeu favori des scientifiques et des spéléologues, explorateurs d’un univers méconnu. Les premières expéditions biospéologiques ont débuté tôt après la découverte de la rivière en 1889, et les travaux d’Armand Viré avaient déjà permis d’identifier une cinquantaine d’espèces (arthropodes, vers, mollusques et chiroptères), mais c’est surtout depuis les années 80 que les recherches se précisent.

Le gouffre de Padirac au service de la recherche scientifique

Ce "site naturel", qui attire chaque année quelque 350 000 visiteurs, accueille également des expéditions scientifiques chargées de recenser entre autres la faune hypogée, c’est-à-dire les animaux vivant sous terre.

C’est le cas d’une équipe de chercheurs du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris spécialisés en malacologie [1] et en chiroptérologie [2], emmenée par des spéléologues de haut-vol, dont les explorations biospéologiques permettent d’actualiser les données sur la faune du gouffre.

Jean-Michel Bichain, l’organisateur et responsable scientifique des deux expéditions, précise que ces missions « s’inscrivent dans le cadre de la connaissance de la faune hypogée et des enjeux de conservation de la biodiversité des écosystèmes souterrains ». Par ailleurs, il souligne avec insistance que « rien n’aurait été possible sans le concours précieux des spéléologues du CDS46 (Comité Départemental de Spéléologie du Lot), notamment de Jean-François Fabriol, responsable de l’organisation logistique, et de la collaboration de l’ancien gérant du gouffre de Padirac, Hervé Taillefer [3]. Sachant que ces cavités souterraines sont très difficiles d’accès, il va sans dire qu’une telle expédition ne s’organise pas à la légère et que le concours de spéléologues avertis est précieux pour guider les scientifiques au cœur de ces galeries. C’est dans le cadre d’une collaboration étroite et concertée (voir post-scriptum) que les expéditions de 2003 puis 2005 ont pu être conduites.


© Paul Ascargota et Bernard Lips
Rhinolophe euryale

 

Le royaume des chauves-souris...

Pour Vincent Prié et son équipe, l’objectif de l’expédition de 2003 était de déterminer entre autres la diversité des espèces de chiroptères compte tenu de la présence de touristes plusieurs mois de l’année ; celle de 2005, d’en établir l’inventaire (collecte de guano* et d’ossements, captures, identification à l’aide de détecteurs) et de découvrir si certaines espèces gîtent en profondeur. Malgré des conditions difficiles, pas moins de 9 espèces ont pu être ainsi identifiées ; 8 ont été capturées, parmi elles le rhinolophe euryale (Rhinolophus euryale), une espèce menacée, ou le grand murin (Myotis myotis). A noter que certaines espèces ont été observées à plus de 6 000 mètres.

... et des mollusques

Pour l’équipe des « bythinelles », et notamment Jean-Michel Bichain, qui termine une thèse sur l’espèce, il s’agissait d’en savoir un peu plus sur le nombre de spécimens de Bythinella padiraci, un mollusque endémique du gouffre inscrit sur la Liste Rouge des espèces menacées de l’UICN, de compléter les connaissances sur la malacofaune de Padirac et d’étudier la présence d’autres mollusques terrestres et aquatiques, ceci par le biais de collecte de coquilles ou de spécimens vivants. Qui plus est, ces recherches ont permis de constater des adaptations au milieu et des évolutions chez les espèces vivant en milieu souterrain. Une espèce terrestre, Discus rotundatus, a pu également être observée au cours de ce séjour sous la terre.

Il nous paraît important de retenir du point de vue de la biodiversité souterraine, que nombre de travaux sont encore à réaliser juste sous nos pieds dans le domaine de l’inventaire du vivant, et que le Gouffre de Padirac, constitue un site de recherche remarquable pour l’exploration de la faune hypogée. Quand on sait que 24 nouvelles espèces et sous-espèces de mollusques souterrains ont été identifiées en France au cours des dix dernières années, la perspective d’autres découvertes laisse rêveur.

Qui plus est, grâce à cette collaboration entre spéléologues et scientifiques, les connaissances en matière de biospéologie (étude des espèces vivant à l’intérieur des cavités terrestres) risquent fort d’évoluer dans les prochaines années.

Nous vous invitons vivement à visiter l’un des sites consacrés à ces explorations : http://cds46.ffspeleo.fr/

Mais aussi le site officiel du Gouffre de Padirac : http://www.gouffre-de-padirac.com

*Guano : excréments de chauves-souris


POST-SCRIPTUM : GEB Cette association de compétences pour le moins complémentaires s’est officialisée avec la création du GEB (Groupe d’Etude de Biospéologie) dont l’objectif est "d’initier, structurer ou valoriser toute action concernant la biospéologie".

Le site du GEB

[1] malacologie : science des mollusques

[2] chiroptérologie : étude des chauves-souris

[3] Laëtitia de Vazelhes est l’actuelle responsable du Gouffre de Padirac


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