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5 mai 2002

Les entretiens humaterra

Gérard Soury

Propos recueillis par Morgane Du Liège.

Les yeux dans le bleu...

Baroudeur de la photographie, spécialiste des dauphins et des requins- son dernier livre "Requins en liberté", édition Nathan, sort le 17 octobre prochain - Gérard Soury est ce qu’on appelle un véritable mordu du monde marin et de ses habitants. Parce que l’image est un formidable vecteur de témoignage, il tente, à travers ses reportages, de mieux connaître et faire connaître la faune et la flore sous-marines. Ceci dans le but de sensibiliser le grand public à leur nécessaire protection, mais aussi de briser certains préjugés concernant "l’ennemi de l’homme", le requin. Humaterra a rencontré ce reporter globe-trotter, entre deux voyages : retour sur une vocation, mais aussi une raison d’être.

Raconte-nous ton parcours, tes débuts, comment est née ta passion pour la photographie et les animaux ?

Cela remonte à loin, c’est un petit flash dans l’enfance, une marraine qui à neuf ans m’a offert pour mon anniversaire mon premier appareil photo, un vieux Photax en plastique qui marchait quand il avait le temps. Ensuite c’est la magie de l’image, savoir que l’on peut fixer des moments de la vie. Puis cela se greffe sur l’amour du monde animal, que j’ai toujours eu, l’envie de montrer, d’expliquer, de relier le texte à l’image. En photographiant la nature, je me suis mis à photographier les animaux. Cela s’est traduit en parallèle par un début de plongée sous-marine il y a un peu plus d’une trentaine d’années. Au bout de deux-trois ans, ayant maîtrisé la technique de plongée, et désirant témoigner de ce que j’avais vu, puisqu’à l’époque, les images étaient rares, j’ai donc commencé à photographier sous la mer, pour, une dizaine d’années plus tard, en faire un métier. Ce qui est drôle c’est qu’aujourd’hui je travaille sur les requins alors que je suis rentré dans le journalisme avec eux.

Tu parles du monde animal, mais c’est surtout au monde marin que tu t’intéresses ?

Oui le monde animal en général , car comme je l’ai dit, j’ai commencé la plongée sous-marine en 1970, ce qui a été pour moi une véritable découverte. Les chats, les chiens, les oiseaux, cela fait partie du quotidien, donc c’est un peu moins passionnant, quoique. La plongée sous-marine étant une ouverture sur un monde mal connu à cette époque sinon grâce au Commandant Cousteau et son équipe de la Calypso, j’avais la possibilité de la faire connaître, d’ouvrir la porte sur un monde un peu mystérieux, voire dangereux, agressif. Cela m’a tout de suite séduit , et j’ai voulu rapporter des témoignages des fonds sous-marins. Il est vrai que pour moi, tout tourne autour de la mer parce que j’ai grandi dans ce milieu. Je ne photographie plus les mêmes choses, j’ai un petit peu remonté la barre et, je travaille aujourd’hui sur de gros animaux tels que les requins, les baleines, les dauphins, etc. donc tu as raison, la mer est mon milieu de prédilection.

Ton premier livre s’intitule Dauphins en liberté, que t’a apporté la découverte de ces animaux ?

C’est d’abord une attitude nouvelle. La rencontre avec mon premier dauphin qui a eu lieu dans la Baie des Trépassés en Bretagne a été comme une révélation, un flash dans ma vie et un moment charnière puisque ce dauphin m’a montré que l’on pouvait ne pas être seulement spectateur sous la mer mais aussi acteur. C’est simplement la taille de l’animal qui fait cela. Jusqu’au début des années 80 je photographiais le récif, qui regorge de choses absolument fabuleuses, d’invertébrés, de crustacés, de mollusques, d’une microfaune ou d’une macrofaune particulièrement intéressante, belle, d’autant plus qu’on la photographie de très près, donc ce sont des formes et des couleurs nouvelles. Mais dans cette démarche on reste spectateur, presque collectionneur : " j’ai découvert aujourd’hui une nouvelle espèce, j’ai découvert telle espèce que je ne pensais pas trouver là ou je plonge etc. " Cela restait une attitude un peu passive. Et puis la rencontre avec une femelle Tursiops dans la baie des Trépassés en Bretagne près de la pointe du Raz, mesurant 3m50 de long, m’a montré que l’on pouvait vivre dans une autre dimension. Les rapports avec l’animal changent et deviennent actifs. On monte sur scène, ce qui nouveau et cela m’a infiniment plu. Depuis ce temps je continue, puisque des dauphins je suis passé aux requins, des requins aux baleines etc. Il se passe quelque chose, il y a un scénario dont on est un petit peu le co-auteur, puisque l’on peut provoquer une situation, en attirant l’animal, en faisant du bruit, en ayant une attitude ludique qui lui permet de s’exprimer, un exemple : nager chevilles jointes, comme un dauphin l’incite à jouer, mais si l’on nage avec le palmage alterné comme n’importe quel plongeur, on le fait fuir. Ce sont des petits trucs qu’il faut savoir, qui provoquent quelque chose de nouveau, et qui me passionnent complètement.

Est ce qu’il existe une atmosphère propre au monde marin, une ambiance sous les eaux, la mer est-elle vraiment " le monde du silence " ?

Le monde du silence est appelé ainsi improprement parce que c’est tout sauf un monde silencieux. Le son s’y propage cinq fois plus vite que dans l’atmosphère,de 300 m/s on passe à 1500m/s. Un son se répercute donc extrêmement rapidement, par le jeu de la densité de la chair, du cerveau etc. directement dans le cerveau sans passer par les oreilles. Je dirais même que le son fait presque mal dans l’eau. Un objet métallique qui frappe un autre objet métallique, comme un couteau qui frappe une bouteille de plongée, s’entend à des distances considérables, encore plus rapidement qu’on ne l’entendrait si la chose se passait dans l’atmosphère.En fait vu, ou plutôt entendu de l’extérieur le monde sous-marin ne fait pas de bruit, il faut être à l’intérieur pour en mesurer l’importance des sons. Par exemple, le courant sur le gravier fait énormément de bruit, c’est comme la pluie qui tombe
et ça on l’entend très bien dans l’eau, le bruit d’une hélice de bateau, à plusieurs de centaines de mètres, voire plusieurs miles de distance s’entend comme si c’était à côté. Pour compléter la question, je pense que les rapports avec les grands animaux marins peuvent être les mêmes qu’avec des grands fauves. La relation avec un requin va être la même qu’avec un léopard, il peut y avoir un contact mais celui-ci ne sera jamais gratuit.Rien n’est innocent, un faux pas peut engendrer une catastrophe, il existe une règle du jeu à suivre, une attitude à adopter, une stratégie d’approche, etc. Sous la mer, c’est comme dans la jungle, dans la brousse ou dans la forêt tropicale, on peut avoir des rapports avec des animaux mais ceux-ci ne seront jamais des animaux familiers. Certains outrepassent les lois en les capturant afin de les vendre au grand public ce qui est une erreur fondamentale. Il n’est pas envisageable d’élever des requins et de se baigner avec dans un aquarium parce que ce n’est pas un geste naturel.

Dans ton métier tu as été amené à pas mal voyager, quelles sont les destinations qui t’ont le plus marqué ?

Si je réponds en fonction de la rencontre avec les grands animaux, je dirais que les lieux qui m’ont vraiment fasciné sont nombreux. Il m’est très difficile de donner une hiérarchie parce que, par exemple, en Afrique du Sud on va rencontrer de grandes baleines, et dans ces mêmes eaux on va aussi rencontrer les grands requins blancs. Dans l’autre partie de ce pays, c’est à dire côté océan indien et non pas côté atlantique on va trouver des grands requins Tigre, que l’on va aussi retrouver en Polynésie française, à Morea dans un endroit presque touristique. On peut également rencontrer les grandes baleines aux Açores, un lieu magnifique et riche d’une faune abondante, ou l’on peut en une matinée découvrir une quinzaine d’espèces de cétacés, c’est à dire des baleines, des dauphins de différentes espèces. Je pourrais en citer d’autres comme cela, outre les Açores et l’Afrique du Sud, l’Australie est un pays magnifique parce que de nombreux points de plongée sont éloignés de tout, la nature est encore préservée, très sauvage, et maintenant, les animaux sont protégés, on n’a plus le droit de les pécher, leur population peut augmenter. Il faut que l’on comprenne que la nature sous-marine n’est pas corvéable à l’envie, que l’on ne peut pas puiser indéfiniment. Il y a des règles à respecter, il faut peut-être donner un peu moins de poissons à nos chats et à nos chiens pour aussi préserver le stock alimentaire et permettre à la mer de garder une physionomie sauvage, belle et de se nourrir elle-même avant de nourrir les êtres humains .

En quoi consiste le travail de préparation avant les prises de vues ?

Il y a d’abord un énorme travail de planification puisque l’on ne va pas voir n’importe quelle espèce, n’importe ou, n’importe quand. Il faut prendre en compte la cible, la notion de temps, et la notion de lieu. Par exemple, je vais partir travailler sur des requins autour de l’Atoll de Tikeao en Polynésie Française dans les Tua Motu, puis je me lance dans un gros travail d’étude des baleines à Rorutu dans les Australes. Je sais que les baleines y sont en ce moment, mais dans deux mois elles seront parties, aussi l’unité de temps doit-elle être respectée. Pour cela il faut une connaissance de terrain que l’on obtient grâce aux témoignages des gens qui vivent sur place, permettant aux journalistes, aux professionnels, aux scientifiques d’étudier sur place. Il faut savoir ce qui se passe, où, comment et quand cela se passe. Savoir dans quelles conditions on va voir les animaux, dans quelles sortes d’eaux, si les eaux sont troubles, claires, s’il y a du courant, pas de courant, savoir quel équipement prendre, c’est un travail totalement professionnel de A jusqu’à Z. Il faut consacrer énormément de temps à la préparation. Internet intervient à ce moment là, facilitant les échanges entre des réseaux de gens qui souhaitent collaborer selon une certaine synergie et se donnent des tuyaux, des informations etc. Cela permet de gagner du temps et d’atteindre plus vite le stade de l’étude proprement dite. Sur place, c’est la même chose et l’on gagne du temps en étant guidé par des gens qui connaissent bien les lieux, les marées, les meilleurs moments, les lunes. La lune est très importante ; par exemple les concentrations de requins dépendent des concentrations de poissons qui elles-mêmes dépendent de la lune, donc de l’état des marées, des courants etc. C’est un véritable travail stratégique, en premier vient le renseignement, ensuite la planification puis enfin le travail d’investigation sur le terrain.

Quels sont tes rapports avec la population des pays que tu as visités, quelles sont les politiques de protection appliquées ?

Excellents, la plupart du temps j’ai été amené à côtoyer des gens qui sont investis dans la protection. Aujourd’hui, leur métier est d’aider des gens comme moi, des plongeurs, des professionnels ou même des touristes, à côtoyer des animaux qui sont difficiles d’approche, à trouver des endroits où on peut les nourrir, où ils se reproduisent de façon saisonnière etc. Ce sont donc des gens qui aiment les animaux. Selon moi, on fait bien ce que l’on aime bien, et ces gens qui ont été des passionnés m’ont beaucoup apporté. Aller sous la mer avec des accompagnateurs qui savent ce qu’ils font, qui aiment votre démarche, qui ne vous prennent pas pour un touriste banal, mais pour quelqu’un qui respecte et qui est respectable, rend l’expérience plus forte, et débouche le plus souvent sur des amitiés. Je pense avoir tissé un véritable réseau, reposant sur une grande chaleur, un vrai contact. De plus, Internet a facilité les choses, permettant ainsi de donner des nouvelles régulièrement. Je reçois des mails de Patagonie, mais aussi d’Australie, d’Afrique du Sud, des Etats-Unis, du Japon, d’Egypte, vraiment d’un petit peu partout.

Lorsque tu reviens dans certains endroits que tu as connus, notes-tu des changements, des évolutions ?

Oui, et pour une simple raison, c’est qu’il est intéressant de voir les choses de façon saisonnière ; par exemple on peut aller en Polynésie française pour des choses très différentes ; si l’on y va en août on va rencontrer des grandes raies Manta et des requins, si l’on y va en janvier, on va trouver des requins Tigre, mais aussi certaines espèces qui se retrouvent durant la période des typhons, la période cyclonique, et que l’on ne retrouverait pas, comme les grandes concentration de raies Aigles qui sont la nourriture des requins Tigre. Les raies aigle ont l’habitude de se réunir en janvier-février en Polynésie Française dans l’archipel des Tuamotu, et ce, en congrégation de millions d’individus pour se reproduire, on sait donc que l’on doit venir à cette période pour les voir. En revanche, on ne les verra plus au mois d’août mais l’on trouvera d’autres espèces comme les raies Manta. On est confronté à des changements, car on ne va pas aux même endroits voir les même animaux, mais si ta question tend à dire que les sites sont plus abîmés d’une fois sur l’autre, je dirais qu’en effet, ils peuvent l’être, mais pas toujours pour des raisons humaines. Par exemple l’ouragan El Niño qui a réchauffé toutes les eaux de la planète à partir de 1998-99, a provoqué des dégâts considérables, pas irréversibles, mais des appauvrissements de la qualité du récif et donc des conséquences pour les animaux dépendant du récif pour plusieurs années. Actuellement, aux Iles Maldives, le récif qui a été blanchi par une température trop élevée dans les lagons, a beaucoup de mal à se reconstituer et l’on considère qu’il ne le sera que dans une dizaine d’années, mais ce sont des accidents naturels.

Quand tu photographies des animaux tels que les requins, où se situe pour toi la notion de danger ?

Je vais employer un mot qui va peut-être te surprendre, c’est le mot infirme. Je suis complètement infirme du côté du danger. J’ai vécu en 1983 la plus grande peur de ma vie, comme si l’adrénaline constituait un stock que l’on épuise une fois pour toutes (ce qui n’est pas le cas puisque l’adrénaline est sécrétée régulièrement par les glandes surrénales) et que j’ai épuisé le mien. J’ai été attaqué en surface au large du Soudan par un grand requin soyeux, extrêmement dangereux qui n’hésite jamais, lorsqu’il est appâté, à venir au contact de l’homme. C’est un animal très curieux, qui, bien que n’étant pas un prédateur naturel de l’homme, ce dernier étant trop rare dans l’eau, m’a délibérément attaqué. Il m’a chargé à deux reprises, m’a bousculé. Je n’ai pas été mordu puisque je suis là pour en parler mais ce n’était pas loin ! Cette aventure a été doublement décisive pour moi, car en plus de m’avoir " anesthésié " de ma peur elle m’a fait rentrer de plein pied dans le journalisme sub-aquatique en vendant mon premier reportage puisque pendant l’attaque je n’ai jamais cessé de prendre des photos.

Comme si l’appareil était une sorte de protection ?

plutôt un prolongement de moi-même.

On en oublie presque le danger ?

Non, car j’ai vraiment eu très peur mais, je voulais aussi témoigner d’une façon ou d’une autre. Je me disais que même si je ne m’en sortais pas il resterait toujours mon appareil photo. Cela s’est bien terminé et j’ai pu disposer des clichés et livrer mon témoignage. C’est à ce moment aussi que je me suis révélé à moi-même. J’ai compris à quel point le désir de témoigner était élevé chez moi. En même temps je crois m’être débarrassé définitivement de ma peur. J’ai vécu, depuis, des moments qui sur le plan de l’échelle du " trouillomètre " auraient du être beaucoup plus intenses que cet événement, mais, à cause et grâce à cet événement j’ai été totalement débarrassé de la peur et l’appréhension. J’ai rencontré des requins Blancs certes protégé par une cage, j’ai nagé en pleine eau avec trois grands requins Tigre, le tout sans protection et j’ai complètement géré la situation, en maîtrisant et surtout en me disant que j’aimais les animaux. Je crois que lorsque l’on est capable de dire à un animal qu’on l’aime et qu’il est beau, attitude que j’ai rencontrée chez de nombreux observateurs animaliers, et bien, dans sa tête, c’est déjà maîtriser une situation. On ne laissera jamais la panique dominer, on connaît les gestes adaptés, on sait les circonstances dans lesquelles on peut accepter de se trouver, on a, à ce moment là, la bonne attitude vis à vis de l’animal. Cela ne veut pas dire que l’on fasse n’importe quoi, à un moment donné il est peut-être temps de plier bagage et de s’en aller, parce que l’on a compris les signes avant-coureurs d’une situation qui ne sera plus gérable, mais tant que la situation reste gérable, oui, il y a un vrai désir de contact, et pas seulement de contact visuel, on a envie de toucher l’animal pour le photographier. J’ai touché l’intégralité des espèces de requins que j’ai observées. J’ai touché des grands requins Marteaux à cinquante mètres de profondeur, j’ai touché des requins Blancs, des requins Tigre etc. Cela fait partie de ma démarche, c’est en quelque sorte une concrétisation du rapport avec l’animal et pour moi c’est important. Au même titre que j’aime toucher les chats qui habitent avec moi, j’aime toucher les requins.

Crois-tu en une communication avec les animaux ?

Pas au sens où l’on voudrait l’entendre, c’est à dire que je n’y vois aucune mystique. Pour moi l’animal n’est pas un pont permettant une communication à l’échelle humaine. L’animal ne nous " parle " pas, mais il nous parle à sa façon. Il faut savoir que lorsque nous évoluons dans l’eau puisque tu fais allusion au requin, nous sommes en terrain étranger, contrairement au poisson qui est chez lui. Nous rentrons dans une configuration dont le scénario ne nous appartient pas. Nous pénétrons dans son territoire généralement dans une situation où le requin est appâté, et où il faut faire extrêmement attention. Il faut gérer l’appât, l’approche du requin, sa position par rapport à l’appât etc. Il y a une observation, mais aucun message ne passera dans la tête du requin sinon qu’il comprenne que sur un lieu déterminé, l’homme n’est peut-être pas la proie absolue, il est susceptible de lui apporter quelque chose à manger, et donc quelque part il est intéressant. Mais cela a un effet pervers : il ne s’agit pas non plus pour le requin d’associer l’homme à de la nourriture, le risque serait qu’un chasseur sous-marin n’étant pas un plongeur lui apportant de la nourriture se fasse attaquer. Tout cela fait partie d’une gestion générale mais je ne fais dire à aucun animal même si c’est un dauphin qu’il n’y a pas de véritable contact. Sans que l’on ait recherché un contact avec le dauphin par exemple, et je n’ai pas d’explication aujourd’hui, celui-ci a toujours recherché une relation avec nous, il n’a jamais attaqué l’homme délibérément, sauf peut-être les grands dauphins comme l’Orque par exemple, mais en se débattant, en donnant un coup de queue pour se dégager. Dans l’ensemble, les dauphins ont toujours manifesté des élans amicaux envers nous. Certains ont même sauvé des hommes, ils viennent fréquemment jouer autour d’eux, et là je n’ai pas de réponse. Pour les requins je pense que c’est différent, c’est un poisson, et non un mammifère, il n’a pas du tout la même démarche que nous sur le plan de sa biologie, son comportement, sa communication, c’est un prédateur. Le dauphin est aussi un prédateur mais qui ne nous recherche pas pour nous faire du mal.

Dans ton livre récemment paru Requins en liberté, tentes-tu de casser certaines idées reçues sur les requins ?

Oui, parce qu’il y en a beaucoup : " le requin prédateur, ennemi public numéro un, danger, mangeur d’homme etc. " Tout ceci découle d’une culture de pêcheurs qui voyaient dans le requin la mâchoire, le danger. Il est vrai qu’un homme qui saigne et qui tombe à l’eau est une proie facile pour le requin. C’est aussi de la faute de Spielberg qui a sorti " Jaws " ( " Les dents de la mer ") en 1973 et qui a mis en scène le grand requin Blanc de façon très négative. Il en est resté quelque chose. La crainte que nous avons des requins continue de perdurer, certains même l’exploitent. Par exemple ces compagnies en Afrique du Sud qui se font payer pour soit-disant protéger les plages des requins en y mettant des filets complètement inefficaces, mais ayant un effet pervers qui est celui d’attirer des petits requins qui passent au travers ou sous le filet. Il faut replacer les choses dans leur contexte, le requin est un animal, c’est un fossoyeur, qui pour bon nombre de cas comme le requin Blanc ou le requin Tigre nous débarrasse des carcasses, des poissons malades, des cadavres qui tombent à l’eau, des restes de grandes baleines ou autres qui pourraient en partie polluer les eaux, et qui deviennent tout naturellement des aliments pour les requins. Je crois qu’il faut démystifier ces animaux, leur disparition serait extrêmement grave pour l’écologie. Actuellement nous sommes en train de dépeupler un grand nombre d’espèces de requins, proies favorites pour la pêche aux gros notamment, des espèces rares qui se reproduisent lentement, à raison d’un petit tous les deux ou trois ans. Des espèces en danger comme le grand requin Blanc, les Australiens et les Africains l’ont compris et maintenant le protègent complètement. Non seulement il ne faut pas en avoir peur mais il faut aussi le protéger et surtout lui permettre d’être un requin. Ce qu’il s’est passé sur les côtes de Floride par exemple, en Caroline du Nord et du Sud récemment, est un faux problème. Le phénomène a été très médiatisé, on a parlé de cela alors qu’en l’an 2000 les attaques de requins ont été plus nombreuses que cette année. On a tordu le cou à la vérité pour dire " les requins attaquent !" alors qu’il y a eu soixante-seize attaques en tout dans le monde sur une année, extrêmement peu par rapport à la mortalité naturelle des populations. Les abeilles causent infiniment plus de dégâts que les requins ! Mais cette année sans doute parce qu’il n’y avait rien à dire au mois d’août, les médias ont amplifié un certain nombre d’attaques, certes mortelles dans deux ou trois cas mais pas plus que l’année d’avant. A la fin du mois d’août dans le monde entier on a comptabilisé quarante-huit attaques en tout. Pourquoi y a t-il eu des attaques plus nombreuses sur deux ou trois mois ? Tout simplement parce que les requins occupent leur terrain de chasse du 1er janvier au 31 décembre mais que l’homme n’y va qu’aux mois de juin, juillet, août. L’année ayant été particulièrement belle il y a eu plus de baigneurs, peut-être plus de tapage, peut-être au large de ces plages plus de pêche au gros, ce qui attire le requin. Dans une certaine mesure, les requins ont fait leur métier de requin.

Peut-on dire que tu es atteint du virus ?

Oui, je l’ai définitivement, et je souhaite le communiquer ! Je ne sais pas si l’on peut me considérer comme nuisible (rires) je pense et souhaite être un virus utile.

Pour finir, as-tu un coup de cœur, un coup de gueule ?

Oui, un coup de gueule, hormis tout ce qui se passe en ce moment, on s’imagine que la terre est inépuisable, qu’elle peut tout digérer, le pétrole, les produits organochlorés, les déchets d’usines, toutes les saloperies qu’on peut y mettre etc. C’est faux, la mer et la terre ont des limites. Les produits chimiques peuvent détruire la nappe phréatique provoquant de graves dommages aux rivières et logiquement aux abords de mer etc. Il faut dire que l’océan est grand, il représente 71% de la surface de la planète mais la partie habitée par les poissons ne concerne que les côtes, infiniment réduites et donc complètement et en permanence sous l’Epée de Damoclès que représente la pollution de la Terre. Regardons un peu la Terre, voyons ce dont elle a besoin avant de la considérer comme une poubelle.


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