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10 mars 2001, par Olivier Soury

Les entretiens humaterra

Alain Pons

Un personnage à contre-jour...

...c’est ainsi que j’ai pu percevoir Alain, photographe animalier, qui, lors de nos rencontres, s’asseyait toujours dos à la fenêtre. Un type humble, généreux, profondément humain, avec un brin de tristesse dans son oeil acéré lorsqu’il pense aux traces de l’homme dans la nature et qui ne mâche pas ses mots pour en parler.

Quand et comment es-tu venu à la photo animalière ?

En fait...par hasard. Tout môme déjà, j’étais fasciné par la nature et les animaux. J’ai "rencontré" la photographie au cours de mon premier emploi de graphiste en agence de pub, où j’ai pu approcher une des cellules de prises de vues. Un photographe momentanément absent que j’ai pu remplacer au pied levé. Là, j’ai commencé à entrevoir la magie de la photographie. Dans le même temps, j’appartenais à un groupe d’artistes (peintres, sculpteurs, graphistes...) et j’ai alors vraiment compris la technique, la lumière et son rôle. Mes travaux tenaient alors plus de la recherche graphique que photographique. Puis, comme j’avais continué d’aimer la nature et que j’allais souvent courir en forêt et qu’il m’arrivait de voir des oiseaux, des biches..., j’ai trouvé intéressant de jumeler les deux passions. J’avais alors 22 ou 23 ans.

Quelle est ta spécialité ?

Les grands mammifères, et plus particulièrement les félins. (Alain me confiera plus tard qu’il est un "fondu" des léopards). Je trouve que les grands mammifères ont des états comportementaux plus intéressants. J’adore aussi photographier les oiseaux, mais ma démarche devient alors plus esthétique.

Quels sont les dangers, si danger il y a, que tu côtoies au cours de tes prises de vues ?

A partir du moment où tu vis une aventure quasi-solitaire, les dangers résident dans une mauvaise connaissance des espèces que tu photographies ou du terrain sur lequel tu opères. Mais le vrai danger peut concerner l’espèce en elle même. Par exemple, en Afrique, on est absolument obligé de se déplacer en voiture. Si tu cherches à rencontrer des animaux en étant à pied, tu peux rester des mois sans en apercevoir un seul ! Par habitude et instinct, les animaux sont craintifs et fuient devant l’homme. Le comportement d’un animal en face d’un véhicule est différent. Ce dernier n’a pas d’odeur particulière (humaine) et ne le dérange pas, dans la mesure où l’on respecte certaines règles de distance et de comportement. Je reviens au danger. Il faut en voiture être très vigilant et respecter les habitats. Tu peux facilement rouler sur un terrier abritant des petits...! Il est indispensable que les photographes animaliers connaissent à fond les espèces qu’ils vont rencontrer, leurs habitudes et habitats.

Te documentes-tu avant chaque départ et utilises-tu des guides de terrain ?

Bien sûr ! Avant chaque voyage, il faut s’informer le plus possible sur les espèces que tu risque de rencontrer, la géographie, l’économie et les habitudes d’un pays et de ses habitants. J’utilise des guides, articles, revues et guides animaliers. Sur place, tu dois avoir aussi des documents qui t’aideront à identifier telle ou telle espèce. Concernant les guides sur place, j’en utilise presque toujours. Par définition, en photographie animalière, tu n’as pas de temps devant toi, donc aucune possibilité de t’imprégner du territoire. Une assistance locale est indispensable. Par exemple, si tu veux étudier et photographier la migration des ours polaires dans la Toundra, tu te dois d’avoir un véhicule et un guide. Là bas, où que tu pose ton regard, c’est plat et blanc. Seul, tu risques de rouler hors des pistes, passer à côté des animaux ou encore rouler sur un lac gelé...dont tu ignores l’épaisseur de la glace !

L’anecdote la plus intéressante de ta carrière ?

(Se prenant la tête entre les mains) : Oh la la, j’en ai plein. Ah si, une que j’aime bien. Mon animal de prédilection, c’est le léopard. J’étais en Tanzanie avec un chauffeur que je formais à l’approche des animaux pour les photographes. A un moment donné, en descendant de voiture, j’aperçois et ramasse une sorte de boule en os avec comme un dessin représentant une virgule sur sa surface. Le type avec qui j’étais me pose la main sur l’épaule et me dit : "maintenant que tu as trouvé ceci, tu vas tout le temps voir des léopards", me signifiant ainsi que l’objet trouvé allait agir par magie, un peu comme un "gri gri". Eh bien pendant 4 ans, j’ai porté cet objet sur moi et n’ai plus jamais vu de léopard. Un jour, par hasard, je retrouve mon gars et lui dit que son "gri gri" c’est peau de balle, ça marche pas ! Et lui, sans se démonter de me répondre : "je ne t’ai jamais dit qu’il fallait le porter sur toi !" La belle pirouette ! Il n’empêche que je l’ai par la suite laissé chez moi et que depuis, j’en vois tout le temps ! En fait j’aime ce genre d’anecdote. Bien sûr, j’en ai des plus sérieuses, accidents, attaques d’animaux... mais les autres me laissent un souvenir plus marqué.

Pour toi, qu’est ce qu’une photo réussie ?

Celle qui va le mieux traduire l’espèce dans son environnement, ou celle qui n’a pas besoin de commentaires, qui se suffit à elle-même. Elle doit immédiatement raconter et montrer l’histoire, ton coup d’oeil, ton graphisme. Elle te sensibilise immédiatement. Je pense que la photo, c’est très simple : de la lumière sur de la gélatine. Le reste, c’est une affaire de technique. Tant qu’on a pas compris ça, on a pas compris la photo.

Depuis le temps, as-tu observé des changements importants dans la présence ou la répartition des espèces ?

Oui. J’ai constaté que dans certaines régions, les animaux qui étaient en voie de disparition (braconnage, chasse) ont disparu. Dans d’autres, là où ils étaient nombreux, ils sont aujourd’hui en voie de disparition. Mais parfois, c’est l’inverse qui se produit. Là où l’on a réussi à endiguer le braconnage, la faune est bien protégée et tend à se repeupler. Mais je dirais que dans l’ensemble, la population animale reste vachement fragile.

As-tu une réflexion globale sur l’état de la planète, le rôle de l’homme et son devenir ?

(soupir). Partout où je suis allé, à chaque fois que l’homme a décidé d’investir un territoire, c’est la merde. L’homme ne supporte pas que la nature vive sans son règlement. Tu n’as qu’a voir ce qui se passe à Bornéo ou en Amazonie. Mais à côté de cela, il y a des hommes et des femmes qui font en sorte que la nature ait son territoire, son devenir. Mail il leur faut se battre très fort en amont pour que les choses changent. A mon avis, notre siècle verra certainement la disparition du panda, du rhinocéros noir et du tigre...(tristement)...et ce n’est pas rien.

Un conseil, un coup de gueule ?

Je voudrais que l’homme apprenne enfin à vivre avec ce qui compose sa planète. Il n’est qu’une espèce animale et n’a pas le droit, sous prétexte d’avoir développé l’intelligence, de décider seul du devenir de la planète.


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